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SUD Éducation 59 : Soutenir notre collègue attaquée par l’extrême-droite : défendre une conception émancipatrice de l’enseignement public

5 février 2026

Ce mardi 20 janvier se tient au Tribunal judiciaire de Paris le procès intenté contre les auteurs de menaces, de cyberharcèlement et de violences d’extrême-droite visant notre collègue Sophie Djigo, professeure de philosophie.

Ces attaques font suite à un projet pédagogique ambitieux intitulé “Exil et frontières”, construit collectivement sur plusieurs mois par une équipe enseignante. Ce travail articulait philosophie, histoire, géographie, culture antique, sciences sociales et pratiques artistiques. Il reposait notamment sur des sorties scolaires, des rencontres, un travail d’enquête et de restitution, permettant de sortir l’école de ses murs et de rendre sensibles, concrètes et vivantes des questions souvent abordées de manière abstraite.

Cette démarche pédagogique, profondément transdisciplinaire et ancrée dans le réel, s’inscrit pleinement dans l’histoire des pédagogies actives et critiques : elle vise à former des élèves capables de comprendre le monde, d’en saisir les contradictions et d’y exercer leur pensée. Elle mérite d’être saluée, défendue et généralisée — non attaquée et criminalisée.

À partir d’une dénonciation relayée par des réseaux et partis d’extrême-droite (Parents vigilants, Reconquête, Rassemblement national), une mécanique désormais bien connue s’est enclenchée : accusation de “militantisme”, exposition publique de l’enseignante, diffusion de son nom, de sa photo et de son lieu d’exercice, puis déferlement de messages haineux et de menaces explicites de mort ou de viol.

Ce qui est visé ici dépasse très largement une personne. C’est une offensive politique contre l’enseignement public, contre les sciences humaines et sociales, contre toute pédagogie qui refuse de réduire l’école à une simple machine à produire de la main-d’œuvre. L’extrême-droite ne s’attaque pas à l’école au nom de la neutralité, mais au nom d’un projet idéologique autoritaire, nationaliste et raciste. Elle cherche à imposer par l’intimidation une autre conception de l’enseignement : surveillé, dépolitisé en apparence, mais en réalité strictement aligné sur l’ordre social existant.

Face à cela, nous affirmons clairement qu’un enseignement émancipateur n’est jamais neutre. Choisir des objets d’étude, des méthodes, des corpus, des terrains d’enquête, c’est toujours prendre position — non pas au sens partisan, mais au sens intellectuel, pédagogique et politique. L’école publique repose historiquement sur des tensions, des débats et des conflits autour de ses finalités : nous défendons l’idée qu’elle doit former des citoyen·nes, développer l’esprit critique, permettre l’accès de toutes et tous aux savoirs. C’est précisément cette conception de l’école que l’extrême-droite combat.

Les attaques actuelles s’inscrivent dans une longue continuité historique : de la “chasse aux rouges” parmi les instituteur·ices dans les années 1920 aux cabales de l’Action française contre Célestin Freinet dans les années 1930, les forces réactionnaires ont toujours cherché à mettre l’école au pas. Ce n’est pas un hasard si ces offensives se multiplient aujourd’hui, dans un contexte de durcissement autoritaire où, sans être formellement au pouvoir, l’extrême-droite voit nombre de ses cadres idéologiques relayés et légitimés par des politiques gouvernementales qui affaiblissent les missions émancipatrices du service public.

SUD éducation 59 exprime son soutien total et sans ambiguïté à notre collègue. La défendre, c’est défendre toutes celles et ceux qui enseignent, qui expérimentent, qui refusent la peur et la censure.

Nous appelons à :
– une présence de soutien lors du procès (mardi 20 janvier, 13h30 au Tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy)
– des prises de position syndicales locales et nationales,
– une mobilisation collective contre l’intrusion de l’extrême-droite à l’école et contre toute tentative de normalisation de ses méthodes.

Face aux intimidations fascistes, nous choisissons la solidarité, l’antifascisme et la défense d’une école publique libre, critique et émancipatrice.

SUD éducation 59