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Le ministère de l’immigration et de l’identité nationale selon Jean Marie Sarkozy

jeu 12/04/2007 - 02:00
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Jeudi 8 mars, sur France 2, Sarkozy annonce qu’il veut créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Quelques jours après avoir déclaré qu’il se battrait pour que Le Pen puisse se présenter aux élections présidentielles, il confirmait ainsi sa volonté d’entraîner l’UMP vers une droite dure et antirépublicaine, surtout lorsqu’on se rappelle ses propos tenus récemment sur TF1 au sujet « des moutons qu’on égorge chez nous ».

En utilisant ce vocabulaire et en associant la question de l’immigration et de l’identité nationale à l’action d’un ministère, Sarkozy dévoile son vrai visage, celui de la haine, du racisme et de l’exclusion, d’un Le Pen à peine policé. Car quel serait le rôle de ce ministère sinon celui de choisir les « bons » immigrés et de chasser ceux qui ne rentrent pas dans un moule « national-social » ?

Deux notions, un amalgame

Si un immigré peut recevoir à terme la nationalité française, ce n’est pas pour autant un automatisme ni le but de tous les immigrés. Par contre, si Sarkozy avait voulu créer un ministère de l’immigration et de la citoyenneté, les termes du débat auraient été très différents.

Les formes d’immigration en France sont aujourd’hui très différentes. Définitives, à court terme, économiques, politiques, familiales, elles peuvent aussi être de transit mais aucune n’a de lien vraiment direct avec la question de l’identité nationale. La « population immigrée » est de plus très diversifiée, entre les immigrés de longue date, intégrés, ceux plus récemment arrivés en France, les clandestins... Il n’y a donc pas une immigration uniforme, comme il n’y a pas une identité nationale bien définie.

En effet, « l’identité » française est le produit de vagues d’immigration successives, qui ont toutes pris une part essentielle à la construction de la nation et de son histoire. Faire un amalgame a priori entre l’immigration et l’identité nationale revient donc à choisir les immigrés sur leurs aptitudes à nier leurs origines pour entrer dans un moule identitaire dont personne ne peut affirmer qu’il en connaît la définition.

Sarkozy porte à l’évidence une conception nauséabonde de l’identité, endossant les mots de la vulgate frontiste, en affirmant « Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa culture et ses valeurs (...). C’est parce que je veux protéger la France et ses valeurs que je souhaite que soient définis les principes de l’entrée et du séjour des étrangers dans notre pays » (discours prononcé à Cormeilles-en-Parisis, le 6 mars 2007).

En voulant créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Sarkozy veut d’abord figer l’identité française sur des principes réactionnaires, à l’instar de Pétain lorsqu’il avait imposé le remplacement des valeurs républicaines « Liberté, égalité, fraternité » par le sinistre triptyque « travail, famille, patrie ».

Pour contrer ces visées, même si certains (dont Sarkozy) doivent "penser" que les immigrés pauvres (les riches n’étant par nature pas immigrés, mais toujours bienvenus) sont génétiquement incapables de s’intégrer, il serait temps de rétablir dans son entièreté le droit du sol, très largement malmené par les gouvernements précédents.

Le Pen peut se frotter les mains ; s’il n’est pas certain d’être présent au deuxième tour des élections présidentielles, ses idées, elles, risquent fort d’y être bien présentes.