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Censure de la mémoire : les fautes de la direction de L’Est Républicain

lun 02/10/2006 - 02:00
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(communiqué du Syndicat national des journalistes SNJ de l’Est Républicain du 26 septembre)

En refusant la publication d’un avis commémorant les 40 ans de la mort de Fred Wolfsohn, dit Volson, « des suites d’une mauvaise rencontre avec la barbarie nazie », le directeur de la publicité de L’Est Républicain (...) a commis une faute et discrédité le journal, ses salariés et sa rédaction. En proposant des formulations évoquant « le traumatisme des camps de concentration » tout en gommant soigneusement la référence à la « barbarie nazie » afin d’éviter toute « allusion politique ou idéologique », le directeur de la publicité a choisi son camp : celui du refus des faits et de l’Histoire.

C’est une faute parce qu’il a manqué de respect à un ancien résistant déporté à Auschwitz, à sa famille, et par là même aux millions de victimes de l’industrie de la mort mise en place par le régime nazi de 1933 à 1945. Une faute parce qu’il a honteusement argumenté son refus en invoquant la « déontologie de la rubrique nécrologique ». Alors qu’il s’agit de règles destinées à éviter d’écrire, par exemple, qu’un décès sur la route est dû à un « chauffard ». Ce faisant, il rabaisse la Shoah au niveau d’un fait divers.

En écrivant à l’association culturelle juive de Nancy que la demande de la famille Volson « constitue une dérogation par rapport aux règles en vigueur à L’Est Républicain sur le traitement des avis de décès qui ouvre la porte à toute forme d’expression de ressentiment, voire d’agressivité, qui peut, dans la douleur d’un souvenir non apaisé, devenir difficilement contrôlable », le vice-président de L’Est Républicain cautionne une pratique qu’il estime « inacceptable » dès les premiers mots de sa lettre. C’est particulièrement malvenu quelques lignes après le rappel de la conduite exemplaire du journal qui s’est sabordé en 1940 pour ne pas paraître sous l’occupation nazie.

La section de L’Est Républicain du Syndicat National des Journalistes dénonce avec la plus grande fermeté ces agissements qui portent atteinte à l’honneur de la rédaction et à la réputation du journal. Le SNJ affirme sa solidarité la plus totale avec la famille Volson. Il le fait d’autant plus volontiers que la rédaction de L’Est Républicain a toujours pris le parti de respecter les faits et l’Histoire, ce dont témoignent notamment les suppléments consacrés à la Résistance ou à la Libération.

Le SNJ considère que la rédaction n’est aucunement engagée par les fautes de la direction. Il lui demande de publier l’avis sans modification et de présenter ses excuses à la famille. Il rappelle qu’un contrat de rédaction a été signé en 1983 entre le président (...) et les syndicats de journalistes afin de « mieux affirmer le caractère spécifique du travail de la rédaction, et, dans l’activité et la finalité de l’entreprise, la primauté de la fonction de l’information ». Cette disposition s’impose à tous.

Faute de l’avoir respectée, comment le directeur de la publicité peut-il continuer d’exercer les responsabilités qui sont les siennes ? Le SNJ demande sa démission.

Faute de tirer les conséquences de cette scandaleuse affaire, comment le président (...) et le vice-président (...) peuvent-ils revendiquer la confiance de l’ensemble du personnel ? SNJ-L’Est Républicain