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Le Pen à Valmy : le « tournant national - républicain » ?

mer 11/10/2006 - 02:00
defaut
Au Front national, le choix de Valmy pour lancer la campagne pour la présidentielle a fait grincer quelques dents... celles de « certains vieux compagnons » comme les nomme Le Pen, qui ont trouvé le symbole un peu trop révolutionnaire... Gollnisch lui-même aurait préféré la bataille de la Marne. « On croyait tout perdu et il y a eu le sursaut. La république est alors acceptée par tous au nom de l’union sacrée » (Le Monde, 20/09/2006). Mais Valmy, c’est l’idée de Marine Le Pen, celle de montrer que le candidat du Fn est aussi républicain que les autres. Alors le numéro deux officiel préfère y voir « le rejet d’une invasion étrangère » (Le Monde, 22/09/2006).

Le Pen, lui, va plutôt mettre en avant la « réconciliation entre la République et la Nation ». Valmy est pour lui « une vraie victoire, (...) qui remit une France vacillante, divisée, menacée sur le chemin de sa grandeur » (National Hebdo, 28/09-04/10/06). Les sans-culottes avaient mis en déroute des Prussiens affaiblis par la dysentrie ; pas très glorieux, mais Le Pen rétorque : « Vaincre sans faire couler le sang, triompher sans violence inutile, par la seule démonstration de notre unité et notre détermination, n’est-ce pas exactement ce que nous nous efforçons d’accomplir avec le Front national ? » (National Hebdo, 28/09-04/10/06). Nous voici rassurés... Et Le Pen de fustiger ceux qui bafoueraient les principes républicains, les « élites les plus illégitimes et les plus corrompues (...) ces internationalistes de droite et de gauche » (National Hebdo, 28/09-04/10/06).

La République selon Le Pen :

« La République ne peut être que nationale » (Français d’abord, 22/09/06), « une et indivisible, fière de son histoire et assimilatrice, respectueuse de la liberté et soucieuse des humbles, et plus que tout éprise de justice et d’égalité (...) selon notre Constitution : laïque, démocratique et sociale » (National Hebdo, 28/09-04/10/06). Pour lui, « les peuples ont besoin de symboles afin de rassembler les familles qui les composent, et leur permettre de communier dans un même idéal social » (National Hebdo, 28/09-04/10/06), celui donc de la Nation, face « aux armées ennemies du libéralisme mondialisé, du communautarisme, de l’immigration sauvage et de la régression » (National Hebdo, 28/09-04/10/06). Et d’en appeler au rassemblement de tous les Français, « non pas Français de souche ou de papier, mais Français de cœur et d’esprit » (National Hebdo, 28/09-04/10/06). Qu’est-ce à dire ? Oui, pour la première fois, Le Pen s’adresse explicitement aux Français d’origine étrangère, « les invitant "à communier sur nos valeurs" » et lance : « Tous unis, vrais gaulois ou céfrans ! » (Libération 21/09/06, Français d’abord, Le Monde, 22/09/06). Cet écart de langage n’est d’ailleurs pas repris dans National Hebdo, il aurait peut-être fallu mettre une note explicative pour les lecteurs...

Nous y voilà. Le « tournant national-républicain » est amorcé et ce sera, sans doute, une étape importante dans la stratégie de conquête du pouvoir du Fn. La reconnaissance de la diversité d’origines du « peuple français » est évidemment faite dans une démarche assimilatrice, pas question d’employer le mot « citoyen » - un citoyen a des droits... mais elle est claire et cherche à diviser les immigrés entre « céfrans » et « immigration sauvage ». Un procédé déjà utilisé lorsque les premières lois anti-juives ne concernaient « que » les Juifs apatrides et étrangers. Espérons que tous ceux qui pourraient être séduits par ce discours démagogique sauront faire la différence entre une République « nationale fasciste » et celle qui proclame « liberté, égalité , fraternité » sur le fronton des mairies ....

ISA