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CFTC Police contre Sarkozy et .... tout contre Le Pen et de Villiers

lun 30/10/2006 - 01:00
defaut
Le 20 novembre prochain, auront lieu les élections professionnelles dans la police nationale.

Dans le passé, ces élections ont donné lieu à des percées de syndicats professionnels marqués clairement à l’extrême droite et ont servi, en même temps, de tremplin à l’extrême droite en général pour lancer une « politique syndicale ». N’oublions pas qu’en décembre 1995, c’est le Front national de la police (FNP) qui se présentait comme le premier « syndicat » propre au FN à des élections. Ensemble avec la FPIP (Fédération professionnelle indépendante de la police), autre syndicat policier d’extrême droite existant de plus longue date, le FNP qui venait alors d’être créé obtenait 13,2 % au niveau national (les résultats des deux listes additionnés). Jean-Marie Le Pen avait d’ores et déjà déclaré, en novembre 1995, qu’en cas de succès de la liste FNP, il pourra y avoir bientôt « un Front national des métallos, des agriculteurs, des pêcheurs, des employés de banque ». Et effectivement, après le succès (relatif) du FNP tout fraîchement lancé, le Front National se mettait à lancer différents syndicats, notamment dans les transports collectifs ou chez les gardiens de prison.

Mais depuis 1998, la justice est intervenue et elle a interdit ces pseudo-syndicats. Depuis, l’extrême droite, si elle semble pour l’instant nettement moins active sur le terrain syndical qu’à une époque, passe par d’autres biais pour néanmoins maintenir une certaine présence. Elle passe notamment par des structures syndicales déjà existantes, mains plutôt faibles et suffisamment droitières (ou apolitiques) pour ne pas offrir une forte résistance aux influences des idées frontistes et villieristes.

Cela semble particulièrement vrai pour le syndicat policier « Action Police-CFTC » sous la direction de Michel Thooris. Celui-ci avait déjà, dans le passé, attiré l’attention par des prises de positions plus que droitières, proposant par exemple pendant la crise des banlieues en novembre 2005 d’envoyer l’armée dans les banlieues en révolte.

Maintenant, ce syndicat s’affiche ouvertement et à longeur de pages dans la presse d’extrême droite, marquant au passage des sympathies claires et nettes pour les idées lepénistes et se démarquant nettement du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy, coupable, à ses yeux, de... ne pas être suffisamment repressif.

Sarkozy, grand mou

Le titre a les apparences du sensationnel : « Un flic de la CFTC rompt l’omerta », puis en plus grand : « Sarko et la police - Le clash ». Tel est le titre de la Une de l’hebdomadaire "Minute" du 11 octobre 2006. Ils s’en suit presque deux pages de texte, sous le titre : « Sarko contesté par ses hommes. Un flic de la CFCT rompt la loi du silence. » Le gros de l’article est consacré à l’interview d’un représentant du syndicat Action Police-CFTC, courageusement présenté sous son seul prénom « Jean-Michel ». Il est précisé qu’il s’agit d’ « un flic de terrain qui est un membre actif de ce syndicat ». Pour ce flic de terrain, il est clair que la police nationale est, aujourd’hui, beaucoup trop... à gauche. A la question du journaliste de Minute, de savoir si la police était « une profession de droite », voici la réponse que donne ce témoin anonyme : « Il faut que vos lecteurs acceptent d’en finir avec de tels clichés. (...) Mais la police est un corps de gauche avant tout ! Certes, ses deux principaux syndicats, Alliance et Synérgie, sont plutôt de centre-droit et roulent pour l’UMP. Ensuite, hormis une grosse minorité de 15 % de policiers lepénistes, ils sont tous de gauche, affiliés au Parti socialiste, dans le meilleur des cas, à l’extrême gauche pour le reste. » Répétons donc pour avoir les idées claires : dans la police, ils sont « tous » (à la petite exception de ses plus gros syndicats) quasiment bolchéviques. Au milieu, il y a des syndicats moux et lâches qui « roulent » pour l’UMP de Sarkozy. Puis il y a la minorité de droite dans ses bottes, lepéniste.

Quant à Nicolas Sarkozy, son grand tort, c’est premièrement d’être trop à gauche lui aussi, c’est-à-dire trop mou. Voici ce qu’en pense ce "courageux" syndicaliste : « Aujourd’hui, tous nos collègues se rendent bien compte que la tolérance zéro, voulue par le ministre de l’Intérieur, concerne plus les forces de l’ordre que les voyous. » Et qu’on ne lui parle surtout pas de bavures ! Il n’a y a pas de problème de ce côté-là, parce que, quoi de plus normal ? nous indique-t-il : « Quand on arrête un voyou, cela se fait rarement dans la douceur. C’est toujours risqué, même en cas de flagrant délit. (...) Alors, comme il est rare qu’il veuille nous accompagner au poste de son plein gré, nous sommes parfois obligés d’insister un peu. Dans ce genre de cas de figure, il est rare que cela se passe bien. Mais le problème, c’est qu’en cas de confrontation, la parole d’un voyou pèsera toujours plus lourde que la nôtre ; celle-ci pèse d’ailleurs de moins en moins, mes collègues en font chaque jour la terrible expérience. »

Au fond, c’est bien simple parce que dans la vie, il y a d’un côté les voyous (on les distingue tout de suite) et de l’autre les honnêtes gens. Inutile de s’embarasser de nuances. « Quand un policier ou un gendarme entre dans la profession, c’est pour accomplir une sorte de sacerdose consistant (...) à punir les méchants et à protéger les gentils. Mais à cause de Sarkozy, nous ne sommes même plus là pour punir les méchants ; seulement pour racketter les gentils. »

La grande erreur de Sarkozy - la deuxième - après avoir constaté qu’il ne laisse pas suffisamment la main libre aux flics pour sévir contre les voyous, c’est qu’il n’est pas suffisamment populiste, pardon : généreux vis-à-vis des policiers. En plus, il a l’idée de vouloir renforcer la sécurité routière ! Quelle idée, de vouloir interdire aux braves gens de prendre quelques libertés au volant. Ainsi ces « automobilistes qui roulent à 60 kilomètres à l’heure au lieu de 50, les femmes qui ont le malheur de décrocher leur téléphone portable » - chose qui n’arrive évidemment qu’aux femmes, à en croire notre témoin policier - ou encore ces ouvriers qui ont eu « la bonne idée d’arroser la fin d’un chantier, (mais) la mauvaise idée de boire un troisième ricard au lieu de deux. » Inadmissible de sanctionner ces braves gens au nom de la sécurité routière, sous prétexte que cette dernière pourrait aboutir à quelques morts en moins chaque année. « Arrêter un conducteur qui a bu un verre de trop », assure notre "Jean-Michel" sans rire, « c’est au moins quatre fonctionnaires mobilisés pour toute la nuit » (à cause de la paperasse, vous comprenez, qu’est-ce qu’on nous emm.... avec ça), « alors qu’ils auraient manifestement mieux à faire ».

Le pire, évidemment, pour notre vaillant policier, c’est cette douceur avec laquelle on n’arrête pas de traiter les immigrés, sans-papiers en tête bien sûr. Alors que ses collègues se trouvent obligés d’embêter ces pauvres automobilistes, « lorsque, par hasard, ils arrêtent un conducteur sans carte de séjour, ni permis de conduire, ni assurance, ils n’ont d’autre choix que de lui souhaiter un bon voyage de retour, puisque contre ces gens, ils ne peuvent rien d’un point de vue légal. Et en plus, ces derniers n’oublient jamais de se foutre de notre gueule au passage. »

Au dernier congrès national de la CFTC, le Secrétaire général de cette confédération avait vertement tancé la CFTC Police pour ses prises de position. Nous attendons avec impatience une réaction des instances dirigeantes de la CFTC à ce nouveau "dérapage" de sa branche police.