Aller au contenu principal

Les syndicats redoutent un vote FN chez les salariés

mer 08/11/2006 - 01:00
defaut
(D’après les articles de Rémi Barroux - Le Monde du 05/11/06 et de Muriel Gremillet - Libération du 06/11/06)

Les dirigeants syndicaux de la CGT, de la CFDT et de FO ont confié, dans un long article au Monde leur crainte de voir la réédition du scénario qui avait conduit le candidat du Front national, au second tour de la présidentielle de 2002.

Alors que 25 % des ouvriers et 22 % des employés votent pour le candidat de l’extrême droite, le mouvement syndical ne veut pas revivre la situation de 2002. "Cela fait plus d’un an que j’explique aux militants que si l’on ne veut pas se retrouver face au choc émotionnel de 2002, il faut répondre aux vrais problèmes", explique Jean-Claude Mailly (FO). D’autant que la situation sociale ne s’est pas améliorée. "On a entre 60 % et 70 % des Français qui sont mécontents de la politique économique et sociale", rappelle B Thibault, "et dans le même temps, le président de l’UMP et ministre de l’intérieur a contribué à droitiser un peu plus le discours de la droite", "inévitablement, c’est l’original qui tire parti de ce genre de choix politique". Pour François Chérèque "Aujourd’hui, toutes les raisons qui ont amené un second tour avec Le Pen en 2002 sont encore présentes" et "le débat sur l’insécurité et l’instrumentalisation des faits divers dans le débat politique et même dans la loi sont autant de facteurs d’inquiétude pour les prochaines élections". Quant à M. Mailly, "la question européenne, l’emploi ou le pouvoir d’achat sont autant de questions qui ne sont pas abordées". "Les gens sont dans une grande difficulté, plus encore qu’en 2002, et les motivations de ceux qui ont voté Le Pen demeurent".

Les syndicalistes jugent qu’ils ont un rôle à jouer dans la lutte contre le FN. Bernard Thibault rappelant que " (...) l’extrême droite ne peut être une réponse crédible" demande au "syndicalisme de combattre les forces racistes ou xénophobes qui diffusent la haine pour mieux entretenir l’ordre établi". Pour lui, il faut expliquer qu’ "il ne peut y avoir d’amélioration du niveau social dans un pays si on ne contribue pas à améliorer le niveau social au niveau de la planète". Un discours qui se heurte souvent aux réalités des délocalisations et aux dégâts qu’elles provoquent dans un électorat socialement fragilisé. "La responsabilité des syndicalistes est alors de ne pas laisser les salariés se faire déporter sur de fausses solutions ou de trouver des boucs émissaires", explique encore M. Thibault.

Un exemple : les Ardennes

Dans ce département, selon une journaliste de Libération, près de 2 000 emplois pourraient disparaître. "Si les candidats de gauche ne mettent pas les mains dans le cambouis de la réalité sociale, il ne faudra pas venir pleurer. Cette fois-ci, il ne faudra pas tout coller sur le dos de ces salauds d’ouvriers ruraux qui votent mal si Le Pen cartonne. On les aura prévenus. A eux de faire campagne." Ce sont des syndicalistes mobilisés contre les fermetures d’usines, les plans sociaux au rabais, la désindustrialisation qui proférent cer avertissement . "On a connu la crise du textile, celle de la sidérurgie, voilà celle de l’automobile", déclare le secrétaire départemental de la CGT "Et les élus, de gauche comme de droite, ne réagissent pas, l’Etat reste sourd. On en a marre des bonnes paroles. Il ne faudra pas s’étonner si les gens règlent ça dans les urnes en mai prochain". Ils sont nombreux ceux qui évoquent une « vengeance » électorale au profit de l’extrême droite. "On sent que les gens sont tentés", note un cégétiste. "On essaie d’expliquer que Le Pen n’a aucune solution pour nous, les ouvriers. Mais les gens disent : il faut que ça change, les autres sont impuissants. Le Pen peut nous en débarrasser". "On sent qu’on ne veut plus d’ouvriers", dit une femme licenciée "Ils veulent se débarrasser des usines, des cités, de nous, en fait".

Décidémment, il y a urgence pour les confédérations syndicales à jouer leur rôle pour lutter contre le FN. ISA, pour sa modeste part, tente d’y contribuer en se faisant l’écho de toutes les résistances syndicales au danger fasciste .