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Communiqués syndicaux contre les déclarations de Frédérique Vidal sur "l'islamo-gauchisme" à l'université et dans la recherche

mar 02/03/2021 - 15:25
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Communiqué CGT FERC Sup :

La CGT FERC Sup a appris avec consternation les propos de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ESR) concernant la pseudo notion « d’islamo-gauchisme » à l’université sur le plateau de CNews dimanche 14 février.

La ministre a affirmé : « Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société », et plus loin : « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc. ». Pour finir elle donne raison au présentateur qui prétend (en toute impartialité) : « Il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini ».

Les collègues apprécieront le niveau du débat et des références.

Lors du CT-MESR du 26 octobre, la FERC CGT avait déjà dénoncé “avec la plus vive fermeté les déclarations publiques du ministre de l’Éducation nationale, selon qui « Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages […] à l’université »”. Elle déclarait également “Une fois n’est pas coutume, nous sommes d’accord avec la CPU pour dire que l’Université est un « lieu de débats et de construction de l’esprit critique », et nous ajoutons que c’est un lieu de socialisation et d’émancipation, un service public indispensable.

À présent, c’est donc au tour de la ministre de l’ESR, qui a décidé d’instrumentaliser le CNRS, puis l’Alliance Athena (qui n’est pas une inspection mais une institution qui coordonne des travaux et recherche en sciences sociales), pour mettre en œuvre un agenda bassement politique. Cette enquête, qui devrait « distinguer ce qui relève de la recherche académique et de ce qui relève du militantisme et de l’opinion », est à l’opposé des traditions universitaires de débats et des libertés académiques, elle veut opérer un tri —politique— entre “bonnes recherches” et “mauvaises recherches”. C’est aussi clairement une mise en garde à peine déguisée, voire un appel à la chasse aux sorcières, visant à remettre au pas les universitaires récalcitrants, qui se rebellent contre les mesures politiques du gouvernement.

Pour la CGT FERC Sup, cela marque l’achèvement d’un processus de rupture entre ce gouvernement et la communauté universitaire et de recherche.

Après la loi ORE et ParcourSup introduisant la sélection à l’entrée à l’université, les augmentations des frais d’inscriptions pour les étudiant·es étrangers et des écoles d’ingénieur publiques, la loi Fonction publique d’août 2019 qui casse les statuts de fonctionnaires, la loi LPR de décembre 2020 qui précarise les financements de la recherche et qui attaque les statuts des personnels, l’urgence pour la ministre est bien de faire des vagues médiatiques, de cultiver la suspicion publique et d’encourager la diffamation contre l’ensemble des personnels de son propre ministère (« Danger, vigilance et action »).

Alors que ces personnels maintiennent leurs activités de service public dans des conditions très difficiles, alors que les étudiant·es se débattent dans des conditions impossibles (entre extrême précarité et cours à distance), alors que le manque de moyens humains, de locaux... —criant en temps normal, et catastrophique en cette période de crise—, la réponse du gouvernement, c’est la LPR, la diversion-menace sur l’“islamo-gauchisme”.

Il y a le feu à l’université, le premier semestre 2020 a été catastrophique, des dizaines de milliers de postes, l’équivalent de 2 universités manquent... Réponse de la ministre : 60 postes d’assistantes sociales...

La CGT FERC Sup, deux fois ne font pas coutume, est entièrement d’accord avec la CPU quand elle “appelle à élever le débat. Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi.

Pour la CGT FERC Sup, la coupe est pleine. La ministre doit retirer ses déclarations et présenter ses excuses aux personnels, annuler ses velléités d’inspection politique de la recherche. Il est urgent de changer l’orientation politique de l’ESR.

La CGT FERC Sup continue à exiger l’abrogation de la loi LPR. Afin de rouvrir les campus aux étudiant·es en toute sécurité sanitaire, elle revendique encore et toujours un plan d’urgence, avec notamment le recrutement immédiat de titulaires et la construction / réquisition de locaux. La CGT FERC Sup exige la satisfaction des revendications en termes de salaires, emploi, retraite et conditions de travail pour l’ensemble des personnels.

 

Communiqué Sud Education et Sud EPST Recherche :

Vidal porte atteinte à la liberté de recherche des universitaires : un tel obscurantisme est inadmissible, la ministre Vidal doit partir !

Dimanche 14 février, sur un plateau télé de CNEWS (chaîne sur laquelle un animateur a par ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale) la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, interrogée par Jean-Pierre Elkabbach à propos de l’article « Comment l’islamo-gauchisme gangrène les universités » du Figaro (12/02) déclarait : « Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable, [elle] fait partie de la société ».

Elle a annoncé par la suite devant la représentation nationale qu’elle allait demander « notamment au CNRS » de faire une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche » à propos de « l’islamo-gauchisme » à l’université, « de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».

Un gouvernement qui souhaite museler les universitaires ? Alors que les universités sont encore largement fermées, les étudiant-e-s dans une précarité sociale, une détresse psychologique et une incertitude pédagogique sans précédent, que l’ensemble de la communauté universitaire tient à bout de bras un enseignement supérieur et une recherche que le ministère vient d’affaiblir, précariser et libéraliser encore plus via la LPR rejetée massivement, la ministre tente un contre-feu digne de son collègue de l’Éducation nationale.

Que la ministre reprenne les termes de l’extrême-droite à travers sa dénonciation du mythe, du fantasme de « l’islamo-gauchisme » marque une fois de plus la volonté du gouvernement de mise au pas de l’Université, de ses enseignant-e-s chercheurs-euses et de son personnel en général.

Nous avons déjà connu ces derniers mois une volonté de restriction des libertés académiques, de la recherche, de criminalisation des mobilisations universitaires de la part de ce gouvernement. Cette fois-ci, toutes les limites sont franchies. En demandant au CNRS (et donc ses agent-e-s) à travers l’Alliance Athéna de mener des enquêtes sur des « courants de recherche », la ministre piétine les fondements même de la recherche publique.

Mme Vidal veut-elle instituer une Communiqué de presse Paris, le 18 février 2021 police de la pensée ? Interdire certaines thématiques de recherche (telles les études postcoloniales ou décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, etc.) comme c’est le cas dans certaines universités en Hongrie, Brésil ou Roumanie ?

Une offensive répressive et autoritaire tout azimut Derrière ces propos, il y a plus que le « gauchisme », la stigmatisation de l’Islam et de ses pratiquant-e-s, ou supposé-e-s comme tel-les. Ce n’est pas un hasard si la ministre professe ces attaques quelques jours seulement après le « débat » entre Darmanin et Le Pen dans lequel le gouvernement a montré toute sa dimension réactionnaire, ou à quelques heures du vote de la loi « séparatisme » stigmatisante et discriminatoire.

La rhétorique est classique dans cette période de crise sanitaire, économique et sociale : masquer les responsabilités de l’État et du ministère dans la situation dramatique dans laquelle se trouve l’Université et la recherche aujourd’hui et allumer des contre-feux. À travers les lois « séparatisme » et « sécurité globale », le gouvernement s’attaque frontalement à nos libertés fondamentales ; à travers les propos de la ministre, il menace aujourd’hui les libertés académiques et la possibilité d’un enseignement et d’une recherche critiques.

Pour SUD Éducation et SUD Recherche EPST : Tout gouvernement qui se prétend démocratique doit accepter les critiques nées de l’analyse scientifique de ses actions.

S’attaquer à l’université c’est s’attaquer à un lieu de construction d’un savoir critique. Aucun-e collègue, au CNRS comme dans des universités, quel que soit son statut, ne doit participer à cette campagne de dénonciation.

Les libertés académiques et de recherche sont fondamentales et non négociables, pour un ESR émancipateur et débarrassé d’injonctions idéologiques comme économiques d’où qu’elles viennent.

Nous réaffirmons notre opposition aux lois « séparatisme » et « sécurité globale » comme à la LPR. La ministre F. Vidal, que l’on connaissait déjà autoritaire et hermétique à la détresse du monde universitaire, a perdu toute légitimité avec ces propos injurieux et menaçants : elle doit partir.

 

Communiqué SNESUP FSU et SNCS FSU :

Frédérique Vidal fait injonction à la recherche publique de procéder à une enquête sur l'« islamo-gauchisme » à l'Université : le SNCS-FSU et le SNESUP-FSU dénoncent cette nouvelle atteinte aux libertés académiques.

Depuis bientôt six mois, les universités en France vivent sous la menace de mesures contre un prétendu « islamo-gauchisme » qui les aurait « gangrénées ». L'« islamo-gauchisme » n'existe ni dans les universités, ni au CNRS, ni ailleurs dans le monde scientifique. En revanche, la menace de censure est désormais réelle.

L'« islamo-gauchisme » n'est pas un concept scientifique : il ne correspond à aucun travail de recherche ou d'enseignement. C'est le nom qu'une poignée de militants « identitaires » souffle à l'oreille des ministres pour disqualifier des travaux de recherche à visée émancipatrice. Sont visées entre autres les études sur le genre, les sexualités, les migrations, les formes de domination et les effets à long terme de la colonisation dans les sociétés contemporaines.

 Ces travaux sont aujourd'hui stigmatisés par le pouvoir politique, dans un contexte de surenchère entre le Rassemblement national et le gouvernement. Cela signifie que le pouvoir politique s'arroge un droit de regard sur des recherches qui sont menées dans les universités et les laboratoires en France, non pas de manière isolée mais en lien avec la recherche internationale.

Le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation a fait savoir le mardi 16 février qu'il entendait confier une « étude » sur ces sujets à l'Alliance ATHENA, qui coordonne les recherches en sciences humaines et sociales. La veille, la ministre avait souhaité que le CNRS lui-même soit chargé de cette mission. Ce recul, si c'en est un, n'est encore que microscopique. C'est l'idée même d'une nouvelle « chasse aux sorcières » qui doit être abandonnée. Les libertés académiques sont en cause, comme rarement elles l'ont été.

Car contrairement à ce qu'a déclaré la ministre, le pouvoir politique n'a pas à ordonner des enquêtes pour « distinguer ce qui relève de la recherche académique et de ce qui relève du militantisme et de l'opinion ». La communauté scientifique elle-même évalue en permanence, ce qui, dans la production de ses membres, constitue un travail scientifique valable. Elle le fait tous les jours, sans attendre les enquêtes, injonctions ou oukazes des ministères et des groupes de pression. Et surtout, une fois la production scientifique dûment validée, elle ne se soucie pas de savoir quelles opinions, éventuellement militantes, ses membres peuvent professer librement par ailleurs.

Les propos de la ministre, en remettant en question cette liberté fondamentale, ont soulevé une intense émotion dans toute la communauté scientifique et universitaire. Ils révèlent un dangereux climat de défiance contre les chercheurs, qui se répand aussi dans certains médias, et une volonté de pilotage politique de la recherche. Les sciences humaines et sociales ne sont pas seules visées. Quelles seront les prochaines recherches attaquées, par quels ministres et par quels lobbys, comme cela a été le cas des cellules souches, de la question des substances toxiques dans l'alimentation ou l'environnement ou encore celle du changement climatique ?

Le SNCS-FSU et le SNESUP-FSU dénoncent les récents propos de Frédérique Vidal. Ils appellent la ministre à se ressaisir et à se concentrer sur ce à quoi elle a failli depuis sa prise de fonction : le soutien de l'État aux organismes de recherche et aux universités ; la réhabilitation du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche ; la démocratisation du savoir et l'aide aux étudiants en détresse en temps de pandémie ; et, plus que jamais, les libertés académiques.

 

 

 

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